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ANALYSE DE QUELQUES SITES FRANCOPHONES TRAITANT
DE L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DES SCIENCES PHYSIQUES EN AFRIQUE
SEPTEMBRE 2004
Après bien des discours, colloques, séminaires et projets en tous genres, il est temps de faire un petit état des lieux de ce que l'on trouve en la matière sur internet.
Tout d'abord, de la bonne idée de développer des méthodes adaptées aux contextes africains de cet archétype universel qu'est le savoir en sciences physiques, il ne reste plus grand chose si ce n'est quelques traces dans des sites personnels :
http://membres.lycos.fr/pydieng/ site du sénégalais Papa Youga Dieng contenant des fiches sur les solutions aqueuses à destination des enseignants. Ces fiches avaient été élaborées dans le cadre du défunt projet interafricain Arches.
http://laboratoirevirtuel.free.fr/Ressources.htm site de Philip Gril (ancien conseiller pédagogique en Côte d'Ivoire)
http://d.krauss.free.fr/documents/Physique/Meca_1%B0/Preambule.htm exemple de pages du site de Daniel Krauss (ancien conseiller pédagogique au Niger et en centrafrique)
Sauf erreur de ma part, il n'y a, dans les sites institutionnels, aucune trace des travaux menés par le projet interafricain ARCHES soutenu à grand frais par la coopération française.
Il y a là bien sûr une situation paradoxale. Un élément de réponse apparaît dans une intervention de Denis Ballini ancien responsable du projet Arches : « Le principe du projet Arches était de mettre en réseau des enseignants du secondaire dans quatre disciplines pour qu’ils puissent échanger leurs productions de cours à présenter devant les élèves. Il n’est pas question de manuels mais d’échanges de produits pédagogiques entre enseignants. Le problème avec les conditions économiques de nos collègues africains est que, tant qu’il y a illusion d’un gain sur une production, il est très difficile pour eux de la mettre dans une mutualisation. Nous sommes arrivés, sur le projet, pour des quantités de pays, à un système autobloquant. »
(actes des rencontres RESAFAD-TICE, «L'usage des réseaux pour l'éducation en Afrique» http://www.edusud.org/seminaire/parismai2003/resafadmai2003.pdf)
Je suis bien d'accord avec le mot « illusion » et je vais plus loin en disant haut et fort : il est du devoir de tous les enseignants de mettre gratuitement à la disposition de tous les bases du savoir. On objectera peut être que les enseignants africains sont irrégulièrement payés mais il est absurde de vouloir compenser ce qui est du devoir des états : payer régulièrement ce qu'ils sont convenus de leur payer. Je ne pense pas qu'il soit possible de réaliser des actes de développement sur une autre base. Ou alors qu'on le dise clairement et qu'on soit cohérent sans jouer sur plusieurs tableaux : les états africains ne seraient alors souverains que sur le papier et tout africain un salarié indirect des états occidentaux. Le néocolonialisme est malheureusement parfois défendu, de fait, par les africains eux-mêmes. Heureusement, on assiste depuis quelques temps à l 'émergence d'un discours africain citoyen et responsable (Ngoupandé, « l'Afrique sans la France », par exemple).
D'autant que certaines fiches produites dans le cadre du projet Arches (les mauvaises (?) langues disent « la plupart des fiches ») ne sont que de simples copier/coller de vieilles ressources ce qui, en bonne logique, devrait réorienter les éventuels droits d'auteur vers des bourses septentrionales... Serait ce un nouvel avatar du fameux retour des aides au développement vers les pays du nord ?
Les sites institutionnels africains, notamment ceux qui sont soutenus par le projet RESAFAD contiennent assez souvent des ressources en sciences physiques mais l'examen détaillé laisse perplexe :
Sur les sites mauritanien et sénégalais http://www.resafad.mr/Sujets.html et http://www.examen.sn/ , on trouve les annales des épreuves du bac et/ou du brevet des collèges avec corrigés. Dans le site sénégalais, surtout dans la partie physique, il y a sûrement un effort à faire dans la rédaction des corrigés dont la plupart comportent beaucoup moins de phrases que les énoncés ! A quoi servent les grands discours sur la pédagogie ou sur la francophonie si on doit en arriver à ce degré zéro du langage ?
En dehors de ces annales d'examen, on trouve aussi quelques fichiers téléchargeables contenant des énoncés d'exercices ou des cours. C'est le cas, par exemple dans le site sénégalais de l'institut de recherche sur l'enseignement des mathématiques, de la physique et de la Technologie (IREMPT) au niveau de la classe de troisième http://irempt.education.sn/. Les fichiers sont en format Adobe (.pdf) ce qui est une très bonne chose mais on peut déplorer qu'aucun exercice ne soit contextualisé.
Il faut malheureusement dire que beaucoup de sites institutionnels sont DES COQUILLES VIDES. Je suis peut-être injuste : ils contiennent parfois des liens vers des sites franco-français (qui, en passant, traitent de programmes qui n'ont plus grand chose à voir avec ceux qui sont réellement enseignés en Afrique) mais surtout, ils contiennent souvent des informations sur le prochain colloque ou séminaire international dont la chasse (la cueillette ?) semble l'activité essentielle d'un bon nombre de responsables (?) africains avec la complicité complaisante des coopérations internationales. Certains ne supporteront pas que cela soit dit et me traiteront de tous les noms y compris de raciste (cela m'est déjà arrivé). Ne pas dire à un africain son fait quand il va à l'encontre d'une éthique minimale du développement parce qu'il est africain, n'est ce pas plutôt là une forme raffinée du racisme ?
Un petit mot quand même pour les sites africains anglophones où la situation semble moins caricaturale et les acteurs plus lucides. Voir par exemple les sites sud africains http://www.physchem.co.za/ ou http://www.scienceinafrica.co.za/education.htm ou http://www.nongnu.org/fhsst/ . Ce dernier site propose GRATUITEMENT de véritables cours de physique, de chimie et de mathématiques (aux niveaux K10 à K12 en terminologie anglosaxonne) issus d'une structure collaborative. Bien que ces cours ne soient pas exempts de critiques (du style confusion entre vecteurs et nombres), on est loin des mesquineries de l'Afrique francophone...
Voir aussi l'excellent site indien http://www.ias.ac.in/resonance/ qui propose un journal mensuel en ligne avec, souvent ,des situations éducatives dans l'esprit low cost.
Pour revenir aux sites francophones, on trouve aussi beaucoup d'articles lénifiants sur les « bienfaits » des Technologies de l'Information et de la Communication dans l'Enseignement (TICE) en Afrique. Il est vrai que la mode actuelle des TICE libère beaucoup de subventions dans ce domaine (notamment en Afrique) et que lorsqu'on donne des subventions, il se trouve toujours rapidement des gens pour les recevoir quitte à oublier ce qui « justifiait » qu'ils en recevaient avant (phénomène de mémoire évanescente). Une myriade de projets ont vu le jour sur le thème « les TICE au secours de l'Afrique ». Comme d'habitude, lucidité absente (interdite ?)
A propos de l'internet en Afrique, je vous recommande la lecture salutaire de l'article de Sandrine Tolotti paru dans le numéro de mars 2004 du (très bon journal) « Alternatives Internationales » reproduit ici avec l'aimable autorisation de l'auteur que je remercie encore.
Pour ma part, je sais d'expérience que les TICE en sciences physiques en Afrique, lorsqu'elles sont effectivement accessibles aux enseignants (ce qui est rare) servent trop souvent à ne pas expérimenter devant/avec les élèves en montrant une vidéo « de l'expérience qu'on ne peut pas faire parce qu'on n'a pas de matériel ». Quand on n'a pas de matériel éducatif, il y a deux attitudes extrèmes possibles : la complainte permanente, doloriste qui finit par s'autojustifier dans un sabir de colonisé volontaire ou la volonté d'une plus large prise en charge par soi même avec ses propres moyens. En tant qu'adepte des LPLCE, j'ai personnellement choisi mon camp depuis longtemps (y compris dans mon propre travail en France) ...
On se rappellera le beau proverbe burundais : « Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt ». Mais qui est vraiment sage en matière d'enseignement en Afrique ?
Daniel KRAUSS