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CONCEPTION ET REALISATION D’UNE BALANCE DE TYPE " ROMAINE "

Cet article reprend le contenu d'une formation qui a regroupé une quinzaine d'enseignants à Bangui du 2 au 4/3/2000. Depuis, des balances de divers types ont été fabriquées et améliorées (voir notamment une balance à destination des éleveurs centrafricains)

Cette photo a été réalisée lors de la partie "conception" de la balance. Le formateur est M. Clotaire SAULET-SURUNGBA, conseiller pédagogique de sciences physiques à l'INRAP de Bangui (RCA). Sur la table, on dsitingue la balance telle qu'elle sera réalisée par les stagiaires.

I- Définitions et notations :

Le principe de fonctionnement d’une balance romaine est le suivant :

On place un objet de masse M sur le plateau. A partir de la position repérée par L3, on déplace progressivement la tare vers la droite. Supposons qu’on réussisse à créer une situation d’équilibre horizontal de la barre après un déplacement x :

Dans ces conditions, le théorème des moments impose la relation suivante :

Cette relation nous informe que M peut être considérée comme une fonction affine du déplacement x. On peut donc, en principe, réaliser des graduations équidistantes sur la partie droite de la barre indiquant directement la valeur en grammes de la masse M de l’objet placé dans le plateau.

1) Equilibre en l’absence d’objet dans le plateau :

Dans ce cas (M=0 et x=0), l’équilibre horizontal impose la relation :

relation 1

2) Sensibilité de la balance :

On suppose qu'un équilibre est réalisé avec un objet de masse M dans le plateau pour une position de la tare repérée par L3+x. On appellera sensibilité de la balance la quantité (en cm/g). A cause du caractère affine de la relation entre M et x, on obtient immédiatement :

relation 2

3) Portée de la balance :

On appellera portée de la balance, la valeur de M correspondant au plus grand déplacement possible de la tare. En notant Mmaxi cette grandeur, on obtient la relation :

Par différence avec la relation 1, on obtient :

Et, finalement, en tenant compte de la relation 2 :

relation 3

4) Relation entre la masse et la longueur de la barre :

La barre étant homogène,

relation 4

où k désigne la masse de l’unité de longueur de la barre ( k=r .s )

Remarque : ces quatre relations font intervenir dix grandeurs (L1, L2, L3, L, mplateau, mtare, mbarre, k, S, Mmaxi)

 

II- Contraintes théoriques et pratiques dans le choix des paramètres définissant une balance donnée :

Les relations obtenues précédemment montrent, à l’évidence, que les diverses masses et longueurs définissant une balance romaine ne peuvent être choisies indépendamment.

Par exemple, on aimerait pouvoir fabriquer une balance très sensible (S grand), de grande portée (Mmaxi grand) et d’encombrement réduit (L petit). La relation 3 montre que ces trois exigences sont incompatibles.

Dans la pratique, les questions de coût des matériaux utilisés, de facilité de fabrication et de solidité importent également.

Pour ces raisons, on décide de s'imposer le cahier des charges suivant :

Dans ces conditions,

La barre et son support seront fabriquées avec une bande de fer plat d’environ 2,5 cm de large et 4 mm d’épaisseur (2300 FCFA les 6 mètres à Maradi-Niger en avril 98, 4500 FCFA à Bangui-R.C.A. en janvier 2000). Des mesures préalables donne une valeur de k d’environ 7,42 g/cm (on coupe un échantillon d'une quinzaine de centimètres de long dont on mesure avec précision la longueur et la masse, on obtient k par division). Le sciage se fait à la main avec une scie à métaux.

L’axe sera matérialisé par un clou en acier (récupération). Un clou de 6 cm de long et de diamètre 2,5 mm suffit pour les besoins usuels (ce clou supportera les poids de la barre, du plateau, de la tare et de l’objet à peser). Les 2 trous dans la barre seront percés avec une perceuse électrique munie d’une mèche à métal de diamètre 3 mm.

Le plateau sera constitué par une " mesure à mil " en métal émaillé (masse environ 285 g, diamètre environ 21,5 cm, contenance à ras bord environ 2,8 L et coût environ 600 FCFA à Maradi, Niger en avril 98).

La tare sera fabriquée à partir d’une recharge " Camping Gaz " usagée remplie de sable ou de terre (masse à vide environ 90 g, diamètre environ 9 cm et coût nul : récupération). Un essai préalable montre que la masse maximale possible pour une telle tare est de 730 g environ.

 

Les mesures préalables de masse se feront avec une balance type Roberval à 1 g près. Les mesures de distance avec une règle graduée de 40 cm et un mètre ruban à 0,5 mm près.

En conséquence :

La distance L2-L1 doit valoir au moins 10,75 + 1.25 cm soit 12,0 cm (pour que la mesure servant de plateau ne cogne pas dans le support). Avec 0,5 cm de marge de sécurité, il faut donc que L2-L1 ³ 12,5 cm.

La distance L3-L2 doit valoir au moins 4,5 + 1,25 cm soit 5,75 cm (pour que la tare ne cogne pas dans le support quand elle est dans la position qui équilibre le plateau vide). ). Avec 0,5 cm de marge de sécurité, il faut donc que L3-L2 ³ 6,25 cm.

Ces considérations déterminent le premier problème théorique : On s’impose les données de L2-L1, L3-L2, mplateau, Mmaxi, S et k. Autrement dit, sur les 10 grandeurs, on s’en donne 6 et on veut trouver toutes les autres. Avec 4 équations, le problème est, en principe, soluble. Le paragraphe suivant examine en détail cette résolution.

 

III- Résolution du premier type de problème :

1) Résolution théorique :

La relation 2 donne mtare.

Compte tenu des limites imposées à L2-L1 et à mtare (L2-L1 ³ 12,5 cm et mtare £ 730 g), on déduit que S doit être supérieur à environ 12,5 cm / 730 g soit 0,0172 cm/g.

Pour des questions de facilité de graduation, adoptons 0,02 cm/g pour S (c'est à dire 1 cm de décalage de tare pour 50 g supplémentaire dans le plateau); 12,5 cm pour L2-L1 et 6,3 cm pour L3-L2. Ce qui donne 625,0 g pour mtare.

La relation 3 donne la valeur de L-L3. Plus précisément, voici les valeurs calculées pour diverses valeurs de la portée :

Portée en g

1000

2000

3000

5000

L-L3 en cm

20,0

40,0

60,0

100,0

Pour éviter un trop grand encombrement de la balance, adoptons une valeur de 2000 g pour la portée (d’où une valeur de 40,0 cm pour L-L3).

La connaissance de L-L3 et de L3-L2 donne, par addition, la valeur de L-L2 (ici : 46,3 cm)

La relation 1 réécrite donne alors :

qui est, ici, une équation dont la seule inconnue est L :

qui est une équation du 2° degré en L de la forme a.L2 + b.L + c = 0. Il est important de comprendre que si L est l'inconnue du problème, L-L2 est, ici, une donnée.

On remarque que le coefficient a est toujours négatif, b toujours positif. Par contre, le coefficient c peut prendre n’importe quel signe. Cela peut s’interpréter physiquement. En l’absence d’objet posé dans le plateau, la tare étant dans la position repérée par L3, trois cas peuvent se présenter :

Le moment du poids du plateau est égal au moment du poids de la tare (c = 0). Dans ce cas, l’équilibre à vide est assuré pour L2 = L/2. Les deux parties de la barre de part et d’autre de l’axe ont même longueur.

Le moment du poids du plateau est supérieur au moment du poids de la tare (c < 0). Dans ce cas, l’équilibre à vide nécessite que L2 > L/2 : il faut que la partie droite de la barre soit plus lourde que sa partie gauche. Trois cas peuvent alors se présenter :

. On calcule alors L2 par L2 = L-(L-L2) puis L3 par L3 = (L3-L2)+L2 et enfin L1 par L1 = L2-(L2-L1). On vérifie alors si on a bien 0 < L1 < L2 < L3 < L.

 

Le moment du poids du plateau est inférieur au moment du poids de la tare (c > 0). Dans ce cas, l’équilibre à vide nécessite que L2 < L/2 : il faut que la partie droite de la barre soit plus légère que sa partie gauche. Le discriminant de l’équation en L est positif et il y a deux racines positives (la somme des racines est –b/a > 0 et le produit est c/a > 0). La plus petite des deux racines est inférieure à –b/2a c’est à dire L < L-L2 ce qui est physiquement absurde. La valeur de L est alors donnée par

. On calcule alors L2 par L2 = L-(L-L2) puis L3 par L3 = (L3-L2)+L2 et enfin L1 par L1 = L2-(L2-L1). On vérifie enfin si on a bien 0 < L1 < L2 < L3 < L.

 

Avec les valeurs numériques retenues plus haut : a » -3,71 g/cm ; b » 343,55 g et c » 246,25 g.cm. Dans ces conditions, le discriminant de l’équation du 2° degré est positif et vaut environ +121678 g2. On se trouve dans le 3° cas évoqué plus haut : il y a deux racines réelles dont une seule est strictement positive : L » 93,31 cm

En résumé, les deux tableaux suivants regroupent les données d'une part :

L2-L1 en cm

L3-L2 en cm

mplateau en g

Sensibilité en cm/g

Portée en g

k en g/cm

12,5

6,3

295,3

0,02

2000

7,42

et les valeurs calculées d'autre part :

L1 en cm

L2 en cm

L3 en cm

L en cm

mtare en g

mbarre en g

34,51

47,01

53,31

93,31

625

692

 

2) Aspect pratique :

Le coût des matériaux nécessaires à la construction de cette balance (support compris) est inférieur à 2000 FCFA

Lors du perçage des trous correspondant à L1 et L2, il est fort probable qu’il y aura de petits écarts entre les valeurs réelles et les valeurs théoriques (de l’ordre de 0,5 mm voire plus). On mesure alors aussi précisément que possible les valeurs réelles de L1 et de L2 qui deviennent des données.

Par exemple, au lieu de 34,51 cm, on trouve 34,45 cm pour L1. De même, au lieu de 47,01 cm, on trouve 47,05 cm pour L2.

Ces petits écarts inévitables nous conduisent à poser alors le deuxième type de problème.

 

IV- Résolution du deuxième type de problème :

On se donne les valeurs de L1, L2, mplateau, Mmaxi, S et k (les mêmes valeurs qu’au III pour les 4 dernières grandeurs ; légèrement différentes pour les 2 premières compte tenu des erreurs au moment du perçage). On cherche alors les valeurs de L3, L, mtare et mbarre.

La valeur de mtare est donnée par la relation 2. On obtient une valeur légèrement différente de celle calculée au III. On réalise la correction.

La valeur de L-L3 est donnée par la relation 3.

La relation 1 donne alors une équation du 2° degré en L :

On obtient ainsi la valeur corrigée pour L.

Remarque : compte tenu des petites erreurs prévisibles lors du perçage, on a intérêt à scier la barre par excès (2 cm d’excès est largement suffisant) puis à scier et/ou limer l’excédent par la suite !

 

V- Résumé : Etapes pratiques de la construction :

1) Choix des données :

2) Calculs :

Cette étape est rendue très rapide par l’usage d’une calculatrice programmable ou d’un ordinateur (tableau de calcul sous Excel par exemple).

3) Réalisation de la barre :

4) Ajustage théorique :

5) Réalisation du support :

On découpe à la scie une barre de métal de 75 cm. On fait des traits au feutre à 35 et à 40 cm du bord gauche de la barre.

Avec un étau et à la main, on plie la barre à angle droit selon les traits. On parfait l’angle au marteau :

On vérifie l’horizontalité du sommet . Eventuellement, on corrige à la scie et/ou à la lime.

A 2 cm environ sous le sommet, on perce deux trous (diamètre 3 mm) pour le passage du clou servant d’axe. Attention à l’alignement des trous et à l’horizontalité du clou.

On découpe deux barres : la première d’environ 60 cm de long servira à réaliser la stabilité du support. La deuxième d’environ 20 cm de long servira à assurer la rigidité entre les parties horizontale et verticale du support (fixation à 45°). Les liaisons seront assurées par 3 vis/écrous (voir dessin page 3).

6) Récapitulatif du matériel nécessaire :

OUTILS

CONSOMMABLES

1 marteau

1 lime plate

1 étau

1 scie à métaux

1 perceuse électrique

1 mèche de Æ 3 mm

1 mèche de Æ 4 mm

1 règle plate de 40 cm et un mètre ruban

1 tamis (sable ou terre de la tare)

1 balance de portée 1 kg et de précision 1g (ou mieux !)

Fer plat (environ 2,5 m en 25 mm x 3 mm)

1 clou acier (longueur 6 cm au moins, Æ 2,5 mm

fil de fer (environ 1,5 m)

ensemble vis/écrous Æ 3 mm

1 cartouche vide de "camping gaz" (récupération)

1 "mesure" à mil ou à manioc en métal émaillé

terre ou sable tamisé (remplissage de la tare)

VI- Raffinements possibles :

Peinture (éventuellement antirouille) de la barre (fond noir et traits de graduations blancs ou l'inverse).

Remplacement du clou matérialisant l'axe par un ensemble de deux roulements à billes (type 607). Ne jamais oublier que la précision réelle de la balance c'est la sensibilité théorique maximale + la minimisation des frottements solides.

Bien boucher la petite ouverture de la cartouche de gaz servant de tare. Ceci afin de minimiser les risques de variation de la tare liés à l'humidité.

 

VII- Utilisation en formation continue d'enseignants en Afrique :

Mme Claire NAMBOUSSA, professeur de sciences physiques au lycée Barthélémy BOGANDA de Bangui en plein travail de découpe (photo prise lors de la formation de mars 2000).

La conception/réalisation d'une balance romaine répond parfaitement à un cahier des charges classiques de formation continue en Afrique :

Le prétexte de la balance romaine a été utilisé au Niger et en R.C.A. pour la formation continue d'enseignants de collège et de lycée. Les réactions des enseignants sont extrêmement positives (en particulier quand des enseignants d'établissements déjà dotés de la capitale travaillent au bénéfice de tous les établissements de province).

Parmi les intérêts plutôt théoriques de cette activité, citons en particulier :

La partie conception ne peut évidemment pas être réalisée "ex nihilo" en séance de formation continue. Un découpage de la problématique théorique (sous forme d'exercices progressifs en petits groupes avec rapporteur) est à conseiller. Ce découpage est évidemment fonction du niveau des enseignants en formation.

Pour conclure, signalons qu'il faut compter 10 à 15 heures de travail effectif pour l'ensemble conception/réalisation.

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